JE T’ÉCRIS
Je t'écris, comme un enfant fou, qui rêve de laisser fondre sa peine avec les neiges d'avril.
Je ne me suis pas questionné avant, les questions font trop souvent mal. Elles font mal et reviennent en tourments, avec la tombée des feuilles.
Moi, j'avais envie de cette douceur qui sait seulement monter des coeurs libres qui braquent ces soleils rouges, ceux qui tombent au bout des lacs avant les pénombres.
Non, pour t'écrire, pas de ces fardeaux inutiles, qu'on avait pourtant cru indispensables pour vaincre l'illusion de n'être rien.
Les hommes s'imaginent encore n'avoir aucun temps à perdre avec la vérité simple et crue: si nous sommes quoi que ce soit, nous n'y avons rien à voir.
Je t'écris, comme un grain de braise qui cherche, et qui creuse en brûlant jusqu'au coeur de Dieu, pour cet amour si brutalement désintéressé, si violent de tendresse qu'il enverrait détaler à l'épouvante ces anges de noirceur, ivres de mal, qui nous observent de ces univers de froidure, et qui manigancent notre perte.
Je sais que cet amour existe, partout, derrière l'intransigeance des tyrans ou du fouet des bourreaux imaginaires, que l'on s'invente pour mieux souffrir de contempler ce contrôle qui s'évapore de nos têtes bouillantes de colères millénaires.
Oui, nous portons leur rage d'airain et la nôtre une crème un sucre, sur nos épaules incapables, carburant sans gêne et sans réfléchir au syndrome du roi porcelaine. Roi de quoi et de qui si ma propre vie n'est pas la mienne et que ma patrie est ailleurs?
Je t'écris, finalement peut être, pour te confesser que je n'accorde que peu d'importance à ces miettes de souffrance qui quelque fois me colle aux tripes.
Il y a quelque part, plus bas au sud et sur ces continents de sécheresse, de ces atrocités innommables qui imposent un respect entier comme un sourire d'enfant, et qui nous ramène sans aucune trace de manipulation, à cette réalité de conte de fée qui corrompt si entièrement notre sort de repu.
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